Paroisse Saint-Paul et Sainte-Croix

Quartiers de Celleneuve et la Paillade

Diocèse de Montpellier

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Insuffler

30 mai 2020, par Jean-Louis Cathala

Jn 20, 22 Pentecôte 20 St Paul-Ste Croix MPL

En ces temps calamiteux où beaucoup de nos frères et sœurs dans le monde entier sont intubés parce qu’ils ont du mal à respirer, la petite Pentecôte de l’Evangile selon Jean prend toute son ampleur. Nous sommes au chapitre 20, au soir de la résurrection ; Jésus « souffla sur eux et leur dit : recevez l’Esprit Saint » (verset 22). Un théologien juif disait un jour à la radio : « souffler ainsi, il n’y a que Dieu qui peut faire cela ! » Que l’on y consente ou non, ce verset est une des affirmations les plus fortes de la transcendance ou de la divinité du Christ. Allons là où le verbe « souffler » apparaît pour la première fois : «  Le Seigneur Dieu modela l’Adam avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’Adam devint un être vivant » (Genèse, chapitre 2, 7). J’ai été soufflé de découvrir que dans l’Ancien Testament grec (la Septante), le verbe traduit par « insuffler » (Emphusaô) est le même que celui du verset de Jean ; de plus, il n’est employé qu’une seule fois dans la Torah et aussi une seule fois dans tout le Nouveau Testament  ! C’est on ne peut plus clair : la résurrection du Seigneur est une nouvelle création pour une humanité réconciliée, déliée de tous ses liens de mort ; une seconde Genèse ! Le Ressuscité réitère l’acte du souffle créateur. Découvrir cela, c’est une merveille qui donne toutes les espérances au cœur d’une humanité aujourd’hui à bout de souffle.

Mais d’autres découvertes ont suivi : dans l’Evangile de l’enfance selon Thomas (un « apocryphe » du III° siècle ; chapitre 2, 1 à 4), le Christ modèle des oiseaux avec de la boue et les fait voler ! Le récit est naïf, mais il souligne que Jésus est Dieu : le petit garçon qui donne vie avec de la terre est l’image du Créateur de l’Adam selon la Genèse. Plus intéressant encore, cette histoire de Jésus qui insuffle dans la boue une forme d’oiseau pour lui donner vie se retrouve dans le Coran (Sourate 5, 110 et 3, 49). Le prodige est ici aussi à comprendre en référence à l’agir de Dieu ; ceci est confirmé par plusieurs détails : le verbe arabe employé en 3,49 (Khalaqa : former ou créer) n’est utilisé ailleurs dans le Coran que pour Dieu (sourate 6, 1 et 2). Qui plus est, c’est ce verbe que la Bible arabe emploie pour la Création du ciel et de la terre au premier verset de la Genèse. Enfin, le verbe « insuffler » (Nafakha) est utilisé dans le Coran pour Jésus (Sourate 5, 110) tout comme pour Allah quand il « insuffle » l’être humain de son Esprit (Sourate 15, 29. Même verbe, du reste, dans la version arabe de Jean 20, 22. La boucle est bouclée !). En fait, le corpus coranique, comme la Bible, témoigne d’une certaine diversité doctrinale : d’un côté, peut-être sous l’influence d’un christianisme hétérodoxe, le Coran récuse clairement la filiation divine de Jésus ; d’un autre côté, cependant, surtout par le truchement des évangiles apocryphes, il conserve des traces de la transcendance du Messie : celui-ci y est appelé « Souffle de Dieu » et « Parole ( ou Verbe) de Dieu » (Sourates 4, 171 et 3, 45). Nos frères de l’islam soulignent souvent l’importance de Jésus à leurs yeux ; ils ne croient pas si bien dire…Vous voyez ! L’Esprit de Pentecôte a encore beaucoup à faire en ce monde pour nous insuffler le soulagement et la réconciliation ; et pour nous conduire tous à la vérité tout entière.