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Texte Moingt 179 … : Dieu en toutes choses (1 Co 15, 28)
25 juin 2026, par
Il y a un autre aspect capital de la révélation trinitaire de la fin des temps, c’est qu’elle n’abolit pas la création matérielle, elle n’élève pas la gloire de Dieu et de la cité céleste au-dessus des ruines de l’univers, elle ne montre pas non plus Dieu penché vers le monde, l’Un face au Tout, comme au temps de la création (…) elle est l’habitation de Dieu dans sa création, présence de l’Un dans le
Tout
. Il est temps, en effet, de passer du masculin pluriel, « Dieu tout en tous », au neutre pluriel, « Dieu en toutes choses », ou plutôt de comprendre ce neutre comme un nom collectif, qui inclut des choses matérielles aussi bien que des personnes, et qui vise au premier chef le contenant global, le Tout physique auquel appartiennent et que constituent personnes et choses : l’Univers (Ta panta). Que ce sens cosmique soit présent à la pensée de Paul, la preuve en est que l’idée de « Dieu tout en tout », présent et visible à travers l’univers qui est son œuvre, est une donnée fondamentale de la cosmologie stoïcienne (…) Des commentateurs ont préféré ignorer le sens cosmique de la formule paulinienne par souci d’en écarter tout soupçon de panthéisme, tandis que d’autres, avouant son origine stoïcienne, l’ont interprétée, dans le même souci, comme une pure revendication de la souveraineté de Dieu sur l’univers (…) La restitution de cette formule dans son milieu culturel originaire met la pensée de Paul en pleine clarté. Le tout qu’il voit rassemblé, à la fin des temps, à la fois en Dieu et autour de Dieu, n’est pas seulement l’humanité ressuscitée, mais également l’univers entier, le monde physique, la nature (…) Nul danger de panthéisme dans cette vision finale, comme si la divinité risquait de se diluer dans la matière, précisément parce qu’elle vient au terme d’un devenir : ce n’est pas Dieu qui s’accomplit dans sa création, mais elle en lui (…) Dieu seul la maintient dans l’unité d’une totalité indéchirable par la puissance d’un amour qui l’attire irrésistiblement à lui (…) Il devient pensable du même coup que nous ressuscitions (…) membres les uns des autres, étroitement unis entre nous par les mêmes liens d’interdépendance qui entremêlent nos existences corporelles au sein de l’univers, et que chacun, de la sorte, retrouve son identité, intacte mais achevée, agrandie aux dimensions de l’univers.
Joseph Moingt – Dieu qui vient à l’homme – T. 2, Vol. 2 – Cerf 2008 - pp. 1135-1141
Paroisse Saint-Paul et Sainte-Croix