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Texte Moingt 170… : Le salut de Dieu dans l’obscurité de la chair du monde
6 avril 2026, par
Quand la passion de l’humanité devient le plus ardent souci de
l’homme, Dieu, loin d’en prendre ombrage, même si sa présence n’en
est pas dévoilée, se sent infiniment honoré par sa créature qui prend
soin de sa création, et l’Esprit raccorde au corps du Christ les membres
disjoints de l’humanité rassemblés par l’amour que lui seul lui insuffle : là
est le salut, qui est vraie humanisation de l’homme, très éloignée du
« progrès » visé par l’humanisme matérialiste, et qui se fait aujourd’hui,
mais dans l’invisible de l’histoire, chaque fois qu’un humble amour
s’abaisse à ce qui est plus bas que soi pour relever ce qui était perdu. En de
tels événements, en effet, se déploie l’historicité de l’incarnation du
Verbe, qui récapitule en son humanité ceux qui renaissent de l’Esprit par
la mort au « vieil homme » égoïste ; et chaque fois qu’un individu émerge
de l’inhumanité où le plongeait la violence ou l’abandonnait
l’indifférence de ses frères, l’humanité, régénérée par l’amour, sort
de la mort et renaît à la vie en ce Nous qui se forme entre celui qui
donne et celui qui reçoit, un Nous qui prend tout de suite la dimension
universelle de l’humanité récapitulée dans le Christ ; et chaque fois, Dieu
refaçonne cette humanité du seul fait d’y contempler son image, et
renaît dans la nouveauté d’une histoire échouée aux rives de l’éternité. Il
renaît, en ce sens que l’acte éternel d’amour par lequel le Père engendre
son Verbe en l’envoyant dans le monde s’actualise dans le transit d’amour
qui porte un homme vers un plus petit que soi, et le Verbe est ré-engendré dans l’humanité du Christ chaque fois que l’Esprit lui fait don
d’un frère nouveau intégré à son corps total et que le Père adopte pour
fils ce nouveau membre de son Unique. Le salut s’accomplit ainsi dans
l’obscurité de la chair du monde et, bien qu’il ne soit jamais achevé dans
l’écoulement du temps des hommes, il n’en est pas moins parfait à chaque
moment en tant qu’il est l’œuvre du Fils et de l’Esprit et que le Père y
prend une joie infinie et en retire une gloire infinie.
Joseph Moingt - Dieu qui vient à l’homme – T 2, vol 2 – Cerf 2008, p. 5
Paroisse Saint-Paul et Sainte-Croix