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Dieu ou Mamon ?
30 septembre 2025, par
Luc 16, 9-13 24° C 21/9/22 St Tho. Mpl
On va vous projeter le texte au mur ; je vous relis dans une autre version les 5 versets du chapitre 16 de Luc entendus voici quelques instants : ** Verset 9 : Et moi je vous dis, faites-vous des amis à partir du Mamon trompeur (“derrière le grec”, racine hébraïque aman) pour que, quand il s’éclipsera, ils vous accueillent dans les tentes éternelles (lire : Luc 12, 33 ; Luc 18, 22) **Verset 10 : Le fidèle (racine aman) pour si peu (lire : Luc 19, 17) pour beaucoup aussi est fidèle ! Le trompeur pour si peu, pour beaucoup aussi est trompeur ! **Verset 11 : Si donc pour le Mamon trompeur, vous n’êtes pas fidèles, le (bien) véritable (racine aman), qui vous le confiera ? **Verset 12 : Si pour ce qui est extérieur, vous n’êtes pas fidèles (racine aman), qui vous donnera ce qui est vôtre ? **Verset 13 : Nul domestique ne peut servir deux seigneurs, car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il tiendra à l’un et méprisera l’autre ; vous ne pouvez pas servir Dieu et Mamon.
Au-delà de la question de l’argent, ces versets opposent ce qui, dans nos vies, est digne de confiance, fidèle, authentique, véritable et, de l’autre côté, ce qui est trompeur et indigne de confiance. L’antithèse apparaît lorsque nous considérons, derrière les paroles grecques, la musique juive des évangiles et ici, en l’occurrence, la racine aman de “mâmôn” et, en opposition, de “fidèle” et “véritable”. Aman, c’est : « ce sur quoi l’on peut compter ». Oui, en quoi et en qui mettons-nous notre confiance ?
Au verset 13, nous lisons le verbe « servir » au sens de prier ; au terme du combat de l’Ancien Testament contre les faux dieux, la puissance de l’argent, ici personnifiée sous le nom de Mamon, reste à peu près la seule idole dénoncée dans le Nouveau Testament. Il est une idole, car malgré son attrait, il n’est pas digne de notre confiance ; partout où il ruisselle, dans la société ou dans l’Église, la confiance entre les gens décroît et cela tourne tôt ou tard au vinaigre et à l’idolâtrie !
D’autre part, au verset 10, le « si peu », c’est ce Mamon trompeur, ridicule à côté des vraies valeurs. L’argent, de fait, est une réalité qui nous est toujours extérieure, étrangère à notre désir authentique malgré ce que l’on nous inculque à longueur de médias ; car “ce qui est nôtre”, comme on le lit au verset 12, notre bonheur profond, notre bien “véritable”, n’est pas matériel, mais spirituel, existentiel. Je transpose à notre messe de ce jour : ce qui fait la valeur d’une communauté chrétienne, ce n’est pas ses moyens matériels, la beauté de ses infrastructures et de ses ornements, le nombre de ses participants ou encore l’agitation autour de grands événements qu’il nous faudrait toujours produire pour nous prouver que nous existons. Non ! L’abondance à rechercher, c’est la confiance des relations, l’amour de la prière et du Seigneur, la proximité avec les pauvres. Voilà les biens éternels ! Et selon Luc, si le riche est bien malheureux de ne pas partager, en donnant, il acquiert sa vraie richesse, car il se fait des amis, comme au verset 9, et se constitue des trésors dans le ciel. Malgré la radicalité du verset 13, nous pouvons ainsi entrevoir, comme on dit, que « l’argent est bon serviteur », quoique « mauvais maître », et qu’il peut « faire le bonheur » de nos frères et sœurs, et le nôtre, si nous le
partageons !
Paroisse Saint-Paul et Sainte-Croix